Les parallèles de l’aube

Aube

Trois mots suffisent à décoller l’esprit :
“Parallèles de l’aube”, mystérieux ;
Quels secrets cache ce vers, dans ses plis ?

Un matin, j’allai sur un chemin sinueux me promener ;
Je repensais à des plaisirs, aux beaux temps de l’amitié ;
Quand un geai me surprit :
“Ô l’homme, que fais-tu à marcher, en ressassant tes vieux jours ?
C’est aux amis présents, tes parents, que doit aller ton amour ;
Ainsi qu’à ta famille.”

Plus tard, rentrant en ma demeure, quand j’étais bien reposé ;
Alors rafraîchi, j’allumai un feu dans l’âtre déserté ;
Et la flamme me dit :
“Ô poète, ne reste pas ainsi, attendant ma chaleur ;
Ce n’est pas ma froide lumière qui réchauffera ton coeur ;
Il lui manque la vie.”

Rien ne remplace les êtres aimés ;
Ni les souvenirs, ni la nature ;
Trois mots : une morale oubliée.

Rouge

Tapisserie rouge

photo par http://www.flickr.com/photos/ukinfrance/

Couleur rouge criarde vermeil, sang taureauifié ; belle de Castille : torero mort tableau. Plein d’associations contre les corridas ; protection des animaux, on ne protège pas les êtres humains ? Folie de l’Homme. Ce rouge sang, comme étalé sur le lieu du crime, goût de métal. Couleur qui énerve : la première que l’on voit, distingue dans le spectre au dessus de toutes les autres ; supérieure. Au rouge on s’arrête, couleur du danger, panneaux stop, feux tricolores : révolution, camarade ! La place rouge, Kremlin, communistes sous Lénine et Staline et tous les autres. Rouge pomme ; le poison toujours la mort : le sang : douleur compassionnelle du cœur, rouge lui aussi, artères : veines. Tout le monde est rouge à l’intérieur.

Peau nue

peau

Photo : http://www.flickr.com/people/-mathias-/

Rêves étranges aux visions remarquables ;
Dans la nuit moite ou la chaleur encourage ;
Les désirs inavoués et tensions palpables ;
Où ni pudeur ni décence ne ferait barrage.

L’esprit échauffé se fait tant de fantasmes ;
Il faut  se retenir pour ne pas déborder ;
Sous le flot continu de nos spasmes ;
Qu’aucune honte ne saurait arrêter.

Quand surgit du néant l’heure de l’éveil ;
On reprend consistance, on oublie ces démons ;
Qu’importe s’il faut abandonner cent merveilles ;
A la prochaine lune nous les retrouverons.

Ciel en feu

feu d'artifice

Ce soir, je n’étais plus le jeune homme ennuyé de tout.
L’odeur de la poudre, l’éclat des pétards, les cris de surprise, les sursauts parfois : mon âme avait régressé dans un état antérieur, celui des premières années où la lumière seule, fusant en couleurs florales dans la nuit, suffisait à satisfaire ma pensée.

Rougeoyante étoile dans les ténèbres froides ;
Mais trop vite disparue hélas ;
L’incandescence de cette poudre escouade ;
Nous inonde de candelas.

 

 

La prière du poète

foret

Chant magique aux âmes, aux fleurs ;
Les arbres, anciens, vies seules des forêts ;
Mers profondes où périrent trop d’heurs ;
Aux oiseaux : merles, aigrettes, geais.

La prière du poète n’est pas pour les hommes ;
Malheureux descendants du jardin exilés ;
Infâmes coupables d’avoir croqué la pomme ;
Ne disent que de malhonnêtes logorrhées.

Les paroles justes sont pour la nature ;
Tous ces êtres qui jamais n’ont péché :
Bêtes innocentes, tant de créatures
qu’habite la pureté.

Nuit noire

nuit noire

Nuit noire seule la terre ;
En deçà le bleu encore clair ;
Des nuages défilant ;
Trop vite sous ce vent.

Que fixe le poète de ses mots -
Quand même la rapide nature ;
Renverse de sa vive allure ;
L’homme, ses pensées, ses maux -
Sous ses terribles flots ?

S’éteignent toutes les lueurs ;
Seul, contre les âmes sombres ;
Le poète dans la nuit demeure :
Il est l’unique phare perçant l’ombre.